Depuis 1973, on sait que certains problèmes ne peuvent pas être « résolus ». Ils peuvent seulement être apprivoisés.
Ces problèmes ont un nom : les wicked problems, les problèmes vicieux.
Le terme a été forgé en 1967 par C. West Churchman, puis formalisé en 1973 par Horst Rittel et Melvin Webber — deux urbanistes de l'université de Berkeley — dans leur article « Dilemmas in a General Theory of Planning » (Policy Sciences).
Leur constat : les méthodes scientifiques et d'ingénierie — celles qui ont envoyé des hommes sur la Lune — sont radicalement inadaptées aux problèmes sociaux, organisationnels et politiques.
Rittel & Webber ont identifié 10 propriétés fondamentales des wicked problems :
#01 Pas de formulation définitive
🔒 Comprendre le problème et trouver la solution sont la même démarche. La définition du problème évolue à mesure qu'on cherche à le résoudre.
#02 Pas de règle d'arrêt
🔒 Il n'existe pas de signal objectif qui indique « c'est résolu ». On s'arrête par contrainte — temps, budget, lassitude — pas parce que le problème est fini.
#03 Pas de vrai ou faux — seulement meilleur ou pire
🔒 Les solutions ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont évaluées selon des critères subjectifs, contextuels et politiques.
#04 Pas de test immédiat ou ultime
🔒 Il n'existe pas de test pour savoir si une solution fonctionne. Les effets se déploient dans le temps et les conséquences imprévues peuvent n'apparaître que des années plus tard.
#05 Chaque tentative est un “one shot”
🔒 Dans les systèmes humains, chaque intervention laisse des traces. On ne peut pas « annuler » une réorganisation, une fusion, un changement de culture.
#06 Pas d'ensemble fini de solutions
🔒 Il n'existe pas de liste finie et complète des solutions possibles. Chaque contexte, chaque angle d'entrée peut révéler de nouvelles options.
#07 Chaque problème est essentiellement unique
🔒 Même si un problème ressemble à un que vous avez déjà vu, il existe toujours une propriété distinctive qui peut changer toute l'approche. Les « bonnes pratiques » importées échouent précisément si elles ignorent cette unicité.
#08 Tout problème vicieux est le symptôme d'un autre
🔒 Les problèmes vicieux s'imbriquent. Ce qu'on traite comme un problème est souvent le signe d'un problème plus profond dans la structure du système.
#09 Différents angles d’explication
🔒 Un même problème vicieux peut être expliqué de dizaines de façons différentes, toutes plausibles. La cause identifiée dépend du niveau d'analyse et de la position de l'observateur.
#10 Pas le droit à l'erreur
🔒 La personne qui intervient sur un problème vicieux est directement responsable des conséquences sur les personnes concernées. Il n'y a pas d'erreur de laboratoire — chaque décision a des effets réels et durables.
💡 → Si ce sujet vous intéresse, je vous invite à explorer le carrousel pour retrouver des exemples concrets et postures à adopter face à ces propriétés !