Maria Mies est morte le 15 mai 2023. Vous n'en avez probablement pas entendu parler. Et pourtant, cette sociologue allemande, figure de l’écoféminisme, a produit une des analyses les + lucides et les + systémiques du capitalisme et du patriarcat.

Il est temps de lui rendre justice.

🧊 Mies avait une image saisissante pour décrire l'économie capitaliste : un iceberg (un autre 😉 ).

La partie émergée, le capital et le travail salarié, est la seule qui reçoit un nom, une valeur, un contrat, de l'attention. C'est là que se jouent les négociations syndicales, les débats économiques, les politiques publiques.

Mais ce sommet ne tient que parce qu'une masse immense reste invisible sous la surface :
→ le travail domestique et de soin des femmes
→ le travail des paysannes et paysans
→ l'exploitation des ressources naturelles
→ la main-d'œuvre des pays du Sud

Ces fondations ne sont pas reconnues comme du "vrai travail". Elles sont traitées comme la nature elle-même : gratuites, inépuisables, corvéables à merci.
-> Ce n'est pas un hasard. C'est un design.

Thèse centrale de Maria Mies : le capitalisme ne s'est pas construit seulement sur l'exploitation des ouvriers. Il s'est construit sur 3 "colonies" simultanées et interconnectées :
🌿 La nature - traitée comme un stock de ressources infinies à extraire
♀️ Les femmes - dont le travail vital est naturalisé, invisibilisé, gratuit
🌍 Le Sud global - dont les économies de subsistance ont été méthodiquement détruites
-> Ces 3 dominations ne sont pas 3 problèmes séparés. Elles sont les nœuds d'un même système, se renforçant mutuellement depuis des siècles.

La "ménagèrisation" du monde
Mies forge un concept percutant : la housewifization / la "ménagèrisation".
L'idée : le capitalisme a inventé la femme au foyer au XIXe siècle comme catégorie-type du travail invisible, non rémunéré, naturalisé. Et depuis, il étend ce modèle à l'ensemble des travailleurs dominés : paysans, sous-traitants du Sud, livreurs précaires d'aujourd'hui.

-> La ménagèrisation, ce n'est pas une métaphore. C'est la logique d'un système qui a besoin de travail non reconnu pour alimenter sa croissance.

Face à ce système, Mies propose un renversement de l'iceberg avec la perspective de la subsistance.
C'est l'idée que la production devrait d'abord viser la satisfaction directe des besoins humains, pas la création de marchandises.
Ce n'est ni de la pauvreté, ni du retour à la bougie. C'est la redécouverte de quelque chose d'essentiel : l'autonomie collective, l'entraide, les communs, la souveraineté sur sa propre existence.

-> Mies le dit simplement : les choses achetées "contiennent du travail mort". La subsistance, elle, contient de la vie, parce qu'elle est produite et vécue avec les autres.

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