Edgar Morin nous a quittés le 29 mai 2026. Il aura vécu 104 ans, et chacun d'eux comptait.

Il est né Edgar Nahoum, fils d'une famille juive séfarade originaire de Salonique. Il mourra Edgar Morin, le nom qu'il s'est choisi dans la clandestinité, sous l'Occupation, en rejoignant la Résistance.
Un nom de combat. Un nom de vie.

Dès l'adolescence, il prend parti : pour la République espagnole face au fascisme, pour les opprimés face aux colonisateurs, pour la complexité du monde face aux pensées qui simplifient à l'excès.
Antifasciste libertaire pendant la guerre d'Espagne, résistant sous l'Occupation, il milite au Parti communiste avant de s'en éloigner pour développer une pensée humaniste et universaliste.

Il ne sera jamais docteur. Il détient deux licences (en histoire-géographie et en droit) et n'a jamais soutenu de thèse. Et pourtant, il deviendra l'un des intellectuels les plus lus et traduits au monde, notamment en Amérique latine, en Europe du Sud, dans tous les pays où l'on cherche à penser autrement.

Ce qu'il nous a légué, c'est une façon d'habiter la pensée.
La Méthode, son œuvre-fleuve en six volumes publiés de 1977 à 2004, est une tentative de méthodologie de la transdisciplinarité. Rien de moins. Une invitation à ne jamais séparer ce que le monde a uni : la nature et la culture, l'individu et la société, l'ordre et le désordre, la raison et l'émotion.

Il appelait cela la pensée complexe.
Non pas la pensée compliquée (attention, la nuance est essentielle) mais celle qui accepte les contradictions, qui tient ensemble les antagonismes, qui refuse les fausses certitudes.
"La pensée simple résout les problèmes simples sans problèmes de pensée. La pensée complexe ne résout pas d'elle-même les problèmes, mais elle constitue une aide à la stratégie qui peut les résoudre."

Dans mon travail sur l'approche systémique, Edgar Morin est une boussole permanente.
Chaque fois qu'une organisation cherche à découper un problème en tranches pour mieux le "gérer", chaque fois qu'un diagnostic oublie les boucles de rétroaction, les interactions, les émergences, c'est notamment à lui que je pense.
Il nous a appris que : → Un système ne se comprend pas en isolant ses parties → Le tout est différent de la somme des parties — il produit des émergences → La réalité est changeante, et du nouveau peut surgir à tout moment → Incertitude et complexité ne sont pas des obstacles à la pensée : elles sont la condition de toute pensée vivante.

Je retiens enfin un homme qui n'a jamais cessé de se remettre en question : lui-même, ses engagements, ses certitudes. Un homme qui a fait de l'autocritique non pas une faiblesse, mais une méthode.

Il nous laisse une question, plus qu'une réponse :
Et toi, comment est-ce que tu penses ?
🕯️ Merci, Edgar Morin.

Et vous, quelle idée d'Edgar Morin vous a le plus marqué·e ? Je serais curieux de lire vos réflexions en commentaire.